Défense de déranger - portrait d'une semaine ordinaire

Portrait d’une semaine ordinaire #1 : Défense de déranger

Les abeilles se déplacent en essaim, les oiseaux volent en floquée, les hommes en trois pièces se meuvent en rames de train.

Dans une cacophonie bourdonnante témoignant de l’effort qu’ils fournissent afin de parvenir à sortir à la bonne station, ils sortent leurs grands jeux de coudes, forgés au prix d’années de pratique quotidienne.

Un appui sec mais précis sur le bouton d’ouverture des portes, un petit saut pour atteindre le quai sans toucher la marche intermédiaire, leur permettront d’économiser deux centièmes de secondes d’un temps qui leur est si précieux.  S’il y a bien un sport que l’on sous-estime, c’est celui des coureurs de transports en commun.

Ils sortent de leurs wagons, le pas pressé, la démarche confiante, quoique légèrement minée par le doute. Un coup d’oeil rapide à leur montre connectée ou à leur smartphone leur a permis de constater l’étendue des dégâts :  aujourd’hui 2min10 de retard.  Le chef ne va pas être content.

Portrait d'une semaine ordinaire - Défense de déranger

Perdus dans leurs pensées et leurs angoisses quotidiennes, ils entreprennent un trajet prédéfini qu’ils effectuent en mode automatique depuis quelques années. Tout droit, à gauche, escaliers, pass navigo, bord droit du quai. Train. Première station. Angle gauche près de la porte d’en face. Seconde station. Quai 3. Escaliers. Sortie de droite, la moins fréquentée.

Ont-ils vu le touriste perdu à Charles de Gaulle Etoile ?  Ont-ils entendu la candidate qui, égarée au milieu des grandes tours de la Défense, demandait son chemin ?  Où ça ?  Qui ça ?

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Ils leurs sont rentrés dedans sans même leur accorder le moindre regard, la moindre excuse. N’allez pas croire qu’ils sont malpolis pour autant :  Bonjour-désolé-merci-au revoir ne sont pas des mots que ces petits lapins issus du pays d’Alice peuvent prononcer à 8h52. Pas le temps.

Coeur sur vous,
Lucile

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