La dernière heure n’a pas sonné

initialement publié le 07 Octobre 2016

Il y a l’euphorie de la première heure. Celle où tu as beau avoir des idées de gauche, tu ne peux pas t’empêcher de te laisser glisser gentiment sur la droite.

Il y a la deuxième heure. Celle où tu découvres que changer de bord est loin d’être aussi évident qu’il n’y paraît. Mais tu es là pour apprendre, c’est normal de ne pas tout à fait savoir ce qu’on veut au début.

Il y a la cinquième heure. Celle où l’on t’explique comment passer à la vitesse supérieure. Tu gravis les échelons bien plus vite que tu ne l’aurais pensé. Tu te surprends à penser que peut-être, tu feras partie des rares qui réussissent vite. C’est vrai ça te coûte. Mais l’investissement en vaut la peine.

Il y a la septième heure. Ça devient difficile face à ces requins. Ils perçoivent le moindre de tes doutes et ils attaquent. Toi tu n’oses pas avancer, tu commences à comprendre que le moindre faux pas te sera fatal. Ils te disent qu’ils sont là, que tu peux compter sur eux. Mais on t’a appris à ne compter que sur toi-même, alors tu te méfies.

Il y a la onzième heure. Tu doutes, tu as besoin de temps. Est-ce que vraiment, ce défi est à ta portée ? Comment font les autres pour s’en sortir et pourquoi est-ce que toi, tu n’y arrives pas ? Tu as peut-être sous-estimé la difficulté de la tâche.

Il y a la quinzième heure. Quelle horreur, c’est à croire qu’ils font tout pour te mettre des bâtons dans les roues. Tu aimerais pouvoir ralentir le monde qui t’entoure, pour lui donner la bonne allure : celle qui te permettrait d’avancer sans appréhension. Aux grandes autoroutes, tu as toujours préféré les petits sentiers sinueux où tu ne croisais personne. Oui, mais voilà : dans la vraie vie, on n’est pas tout seul. On te dit d’arrêter d’avoir peur, qu’on ne t’abandonnera pas en cas de danger. Mais tu ne sais pas si tu peux vraiment le croire.

Il y a la dix-neuvième heure. Tu as l’impression d’avoir tout vu, mieux, tu as l’impression d’avoir compris. Alors, ils décident de t’ouvrir les yeux. Ils te demandent de te retourner et de commencer à regarder un peu plus loin que le bout de ton nez. Tu as le malheur de leur répondre que « ça marche ». Ils te répondront sur le ton de la blague «  oui, mais maintenant il faudrait que ça roule ».

Il y a la fin de la vingtième heure. Ton forfait vient de se terminer et tu sais très bien ce que ça implique. Te voilà parti pour 10 heures de conduite de plus et 550€ de moins… Putain de permis.

Cœur sur vous,
Lucile

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