It’s a match !

initialement publié le 03 avril 2016

Génération Tinder, perdue dans les méandres de son smartphone cherche désespérément amour à portée de pouce. Elle ne rêve plus. Elle ne rêve plus d’amour avec un grand A, à base de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Elle veut aimer comme au premier jour. Alors elle joue. Elle like, matche et plussi affinités. A une époque où l’on parle encore et toujours de frontières, elle n’en a pas. Elle n’en a plus. Elle vit sa vie comme on jouerait à un jeu. Elle change de crush à mesure que les photos de profil défilent devant son écran. C’est à dire à toute vitesse.

De la même manière, elle change de maison, de pays, elle parle de s’expatrier comme elle parlerait de ses futures vacances. Comme si tout ça n’avait pas d’importance. Comme si elle ne s’était pas attachée au lieu où elle avait grandi. Pourtant, elle ne rêve pas de s’expatrier. Elle rêve juste d’égalité des chances. Elle rêve simplement de pouvoir s’appeler Jean Dupont parfois, pour que son CV se fonde dans la masse. Que sa gueule ne lui porte pas préjudice.

Alors elle n’a plus de limites, plus de frontières, car malgré tout, elle a la chance de ceux qui sont nés avec une nationalité qui leur permettra d’aller partout. Génération Tinder qui si elle peut matcher avec un emploi à l’étranger, hésitera peut-être moins que ses aînés à jouer le jeu « comme ça, pour voir ». A se barrer aux States, en Asie ou à Dubaï pour tenter sa chance, plutôt que d’enchaîner les stages qui pour la plupart ne la conduiront pas à l’emploi.

Ne vous méprenez pas pourtant, sous ses airs intrépides et courageux, la génération Tinder a peur. Elle est pessimiste quant à son avenir. Alors qu’elle a grandi bercée par les crises, vous vous attendez à ce qu’elle croie aux happy endings ? Elle se souvient du 11 septembre 2001, de ce basculement vers le nouvel ordre mondial dont on parle maintenant dans les manuels d’histoire. Elle se souvient de 2002 et du traumatisme qu’avait représenté le passage de Le Pen au second tour des présidentielles, elle qui ne savait pas encore ce qu’était le fascisme, elle qui n’avait qu’une vague idée de ce qu’était le racisme. Elle qui était encore trop jeune pour saisir toute l’étendue du problème, mais qui commence à comprendre maintenant…

A première vue, on dirait peut-être que la Génération Tinder choisit de contourner les problèmes plutôt que de réellement changer les choses. Moi je dirais surtout qu’elle a choisi de les affronter autrement. Elle ne peut pas casser les codes, changer les règles aussi facilement qu’elle le voudrait… Par contre, le choix du terrain de jeu ne dépend que d’elle, c’est peut-être la seule vraie carte qu’elle ait en main. Alors si elle est plus à l’aise dans un ailleurs, qu’il soit digital ou physique, après tout pourquoi pas ?

Cœur sur vous,
Lucile

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