J’ai testé pour vous : une journée sans téléphone

initialement publié le 15 février 2016

Il y a encore quatre ans, je passais très régulièrement des journées sans téléphone. Des jours durant, j’oubliais de l’allumer, provoquant la colère des copines qui m’avaient envoyé un texto nécessitant une réponse urgente. A l’époque, mon forfait ne comportait pas d’accès à Internet, mon écran tactile avait une réactivité proche de 0, et mon phone était bien loin d’être smart. Comme les choses ont changé depuis !

C’était un mercredi. J’étais pressée comme on peut l’être quand on est en retard et qu’on sait que sa boss ne le sera pas. Je suis sortie en urgence, ai claqué la porte derrière moi et ai marché jusqu’au bout de ma rue en un temps record. Arrivée à la gare et rassurée parce que mon train avait aussi du retard et que j’allais pouvoir jeter la faute sur lui (ne faites pas semblant d’être surpris, on l’a tous déjà fait), j’ai cherché mon téléphone pour y brancher mon casque et lancer une de mes playlists Deezer… Et là j’ai su que c’était foutu. J’ai revérifié histoire d’être sûre : il n’était ni dans mes poches, ni dans mon sac. Il fallait se rendre à l’évidence : j’allais devoir passer la journée sans téléphone. « Quelle journée pourrie », n’ai-je pu m’empêcher de penser.

Il est 9h05, le train vient d’arriver. Je suis dans le mal [traduction en français : je ne me sens pas bien]. Je n’ai pas de musique. Pas de connexion Internet. J’ai l’impression d’avoir laissé ma vie sociale à la maison. J’ai envie de bloguer pour vous conter mon désespoir. Problème : pour ça j’ai besoin de l’application Mémo de mon téléphone.

Au fond de mon sac, je retrouve le livre que je dois lire pour avancer sur mon mémoire, mais impossible de me concentrer. Forcément, l’auteur parle du fait qu’on a un besoin d’information permanent, que nos téléphones sont devenus notre nouvelle fenêtre sur le monde. Ça me rappelle une fois encore que j’ai oublié le mien.

Le trajet m’a semblé durer une éternité, mais finalement, me voici au boulot (à l’heure en plus !). Ici, normalement, ça devrait aller mieux. J’ai Internet à portée de main, au moins. Avec toutes ces émotions, j’ai quand même bien besoin d’un café. Sur le chemin qui me sépare de la machine, je croise un alternant qui me demande si ça va.

-« J’ai oublié mon téléphone »
-« Naaaaaaaaaan ! Courage…»
-« Je suis dans le mal »
-« Je comprends, une fois j’ai oublié ma montre, j’ai du m’en passer pendant une semaine, c’était trop dur »

Je hoche la tête, l’air compatissant, mais j’ai envie de lui dire que ça n’a rien à voir. C’est vrai quoi, l’heure tu peux l’avoir sur ton téléphone aussi. C’est pas comparable du tout. Qu’est-ce qui peut bien remplacer ton téléphone par contre, hein ? Ben rien. Rien ne remplace un téléphone. A part un autre téléphone. Et encore. Cette réflexion me fait réaliser que je suis devenue nomophobe.

Fin de la pause café. Retour à l’open space. Heureusement, c’est une semaine de rush et j’ai des trucs à faire ce matin. Bien sûr, mon champ visuel m’incommode : à gauche de mon clavier, en lieu et place de mon téléphone, le vide. Mais à part ça, ça va à peu près.

…Jusqu’à la pause déj où stagiaires et alternants mangent ensemble. On part souvent en bande à la cantine. Dans l’ascenseur je les vois me narguer tous, leur téléphone dans la main, scrutant leur écran toutes les 30 secondes. Moi je tente de trouver un substitut : je me cramponne à mon badge, je n’ai rien trouvé de mieux. Efficacité 0 : autant ne rien tenir du tout. C’est étrange, j’ai beau voir des gens tout autour de moi, je me sens comme un Sims dont la jauge vie sociale serait vide. Je réalise que je suis bien plus accro que je ne le pensais.

Pause café/clope pour les fumeurs. Ça me charrie gentiment : « Hey Lucile, tu veux pas vérifier tel truc sur ton téléphone ? ». Je suis partagée entre l’amusement et l’envie de leur sauter à la gorge pour piquer un portable et m’enfuir avec.

Allez courage, plus que quelques heures et ce cauchemar sera fini. Il faut tenir bon et accepter son sort. Une bonne partie de l’aprèm est derrière moi, et pour l’instant je m’en sors pas trop mal je trouve.

Prochaine étape compliquée, le retour à la maison. Même trajet que ce matin, avec cette fois la certitude que mon téléphone n’est pas dans mon sac. Je me chante des chansons dans ma tête pour remplacer Deezer, ça marche assez moyennement. Alors je m’amuse à regarder les gens et à imaginer leurs vies (si vous n’avez jamais essayé, vous devriez, c’est plutôt marrant). A croire qu’ils se foutent tous de moi. Sur les 3 personnes assises autour de moi, tous ont les yeux rivés sur leur téléphone…. Ça m’agace. J’essaie de trouver une autre occupation. Je n’en ai pas. Hors de question d’ouvrir mon bouquin, ça va encore m’énerver. Alors je regarde le paysage : je suis dans un tunnel, il fait noir.

15 minutes plus tard, fin de ma journée pourrie sans téléphone. L’intéressé m’attend sur mon bureau. Sa diode clignote : 29 snaps (merci la petite sœur qui en a bien profité pour me bombarder), 2 sms, 2 conversations Facebook, un appel manqué et 3 mails (hors spam, ça va de soi). Ça va, ça aurait pu être pire.

Une chose est sûre, la prochaine fois, je sortirai plus tôt.
Cœur sur vous,
Lucile

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