Lettre ouverte à ce crétin de Valentin

initialement publié le 8 février 2016

Cher Valentin,

Alors que je ruminais mon célibat tranquille dans mon coin, j’ai pris la grave décision de t’adresser cette missive. Vois-tu, j’ai réalisé que ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu une conversation sérieuse, toi et moi.
Aujourd’hui j’aimerais qu’on arrête de communiquer par sous-entendus. Parce que franchement, ta capacité à interpréter les miens est tout simplement pitoyable. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi peu habile dans le décryptage des signaux que je lui envoie. Alors, si tu permets, je vais commencer par t’expliciter les choses, et espérer que tu m’emboîteras le pas en m’expliquant ce que je dois faire pour qu’on ait enfin une chance de s’entendre.

Je me lance : je crois que ça fait maintenant plusieurs années que tu te fous littéralement de ma gueule, Valentin. Tu ignores royalement la moindre de mes demandes, et quand t’essaies de faire un effort pour me faire plaisir, c’est encore pire.

Si j’attends un mec ténébreux, tu te présentes en blond au regard angélique. Si j’espère tomber sur un mec un tant soit peu populaire, tu te dévoiles sous le jour d’un mec certes plutôt connu, (ce qui est effectivement une condition nécessaire à la popularité) mais surtout connu pour être le pire relou de l’école (pas du tout une condition suffisante donc). Si j’attends un mec attentionné, tu te déguises en mec dont je deviens la dernière des lubies. Tu sais ce que ça fait d’être la lubie de quelqu’un ? Laisse-moi t’expliquer : C’est sans doute la chose la plus gênante qui puisse t’arriver.
Alors s’il te plait, n’essaie pas d’en faire trop et contente-toi simplement de répondre à mes attentes, parce que toi et moi on le sait bien, il y en a suffisamment comme ça.

Valentin, dis-moi la vérité. Tu as fini tes études sans réussir à obtenir ton diplôme d’ingénierie des couples n’est-ce pas ? Ressaisis-toi bon sang ! Ta session de rattrapage c’est maintenant. Alors t’as intérêt à te bouger, parce que sinon, je vais finir par te remplacer et invoquer l’autre crétin de Cupidon, cet exhibitionniste qui se la raconte juste parce qu’il a un arc, des flèches, et deux ailes dans le dos.

Je ne te demande pas la lune. Bon c’est vrai, au début j’ai déconné quand je t’ai demandé d’apparaitre sous les traits de Ian Somerhalder (coeur sur toi Ian). Mais depuis, j’ai pris sur moi et je suis revenue à la raison quand même !

Pour être honnête, il y a un moment où j’ai cru qu’on s’était réconciliés, que tu avais enfin compris tous mes critères. Ce jour-là je t’ai remercié d’avoir enfin pris les traits du mec idéal (enfin à 80%, n’abusons pas non plus). Sauf que visiblement, j’avais oublié de te rappeler LE critère fondamental : la fiabilité, rien que ça . Il a suffi d’un « Hello, I am so so sorry I finally can’t come this week-end » envoyé dimanche du-dit week-end, 22 heures, et c’était foutu pour toi .
Ne dis pas que c’est de ma faute, j’étais presque d’accord pour te laisser une deuxième chance. Mais même celle-là tu n’as pas réussi à la saisir (le coup des homeworks à faire, c’est vu et re-revu, innove un peu ! )

Comment te dire, Valentin. Quand on te fête, qu’on te célèbre, et qu’on entend parler de toi partout, moi je n’ai qu’une envie, c’est de t’en coller une. Comment est-il possible qu’un type aussi lent à la comprenette soit vénéré comme ça ?

Je me souviens qu’une fois t’as failli bien faire ton boulot. Tu avais réussi à me croiser à la Tate Modern. Un gros bon point pour toi ça. En plus la target avec l’air plutôt sympa. Il y avait un café cool dans le coin, avec vue sur la Tamise, tout aurait pu bien commencer. Mais ce jour-là, il faut bien l’admettre, tu as été tellement bon que je ne t’ai pas reconnu. Je n’ai compris que c’était toi qu’au moment de quitter le musée. Il était trop tard pour revenir et te dire « HEY ! LET’S START EVERYTHING AGAIN ! WHAT WERE WE TALKING ABOUT ? ». Peut-être que j’ai raté le love de ma life Valentin, tout ça parce que pour une fois, tu as été beaucoup trop subtil… Si tu savais à quel point tu me tapes sur le système.

Valentin, mes potes me disent parfois que je suis trop exigeante et me conseillent de revoir mes critères à la baisse. Qu’un mec intelligent, cultivé, me dépassant d’une tête ET partageant les mêmes valeurs que moi, ça n’existe que dans mes rêves. Ils me disent que tu n’es pas censé être la personne avec qui je débats en permanence, avec qui je partage mes centres d’intérêts. Il me disent que ça n’est pas grave si tu es bête par moments et que tu as envie de regarder le foot avec une bière et une part de pizza toute grasse dans la main, le tout en mettant plein de miettes sur le canapé. Mais Valentin, c’est trop important pour moi tout ça.

Alors si la barre est trop haute et que tu ne t’en sens pas capable, démissionne. Laisse-moi tranquille, envisage une reconversion professionnelle digne de ce nom, et cesse donc tes apparitions impromptues. Ou alors demande à l’autre andouille de Cupidon de t’aider, parce que jusqu’à présent, on ne ne peut pas dire que tu aies brillé par ta compétence !

Allez, bonne Saint Valentin quand même,
Dans l’attente de ta réponse,
Cœur sur toi,
Lucile

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