8 janvier : London Memories

initialement publié le 8 janvier 2016

8 janvier, lendemain d’attentats, la France est sonnée. Hasard du calendrier, c’est le jour que j’ai choisi pour partir. Je ne sais pas encore ce qui m’attend. Il y a la hâte, la soif de découverte. Il y a l’appréhension, la peur de ne pas être capable aussi. Et pourtant aujourd’hui, je pars vivre 6 mois en tant qu’expat dans une ville qui m’est inconnue : Londres.

La première chose que je retiens de Londres, c’est tous ces gens, toutes ces rues, toute cette pluie… Les conditions idéales pour se perdre. Mon logement est à un quart d’heure de la gare. Pourtant, il m’en faudra trois pour réussir à le trouver. Et ça n’est que le début des complications : le moment de la première vraie conversation en anglais s’approche dangereusement. Et moi je le sais, je ne suis pas prête. C’est vrai quoi, c’est une chose de passer un test de langue, ça en est une autre de parler avec de « vrais » anglais. Il a pourtant fallu se faire violence. Je n’étais pas arrivée jusque-là pour passer ma vie devant la grille de l’immeuble.

Au début, je me suis contentée de rester dans la chambre qui m’avait été assignée. Hors de question d’aller à la cuisine commune et de rencontrer mes collocs : «  Sérieusement, avec mon anglais de merde, tu veux que je leur dise quoi ?  J’ai pas envie de sortir d’ici, on va plutôt rester manger dans ma chambre maman ». (oui, ma maman m’a accompagnée le premier jour. 21 ans et toujours un bébé. Et si ça peut vous rassurer, à 22 ans ça n’a pas changé).

Un repas pris dans les 10 mètres carrés les mieux agencés que je n’ai jamais vus et il est déjà temps de se rendre à UCL pour la première fois. La claque. C’est vraiment trop grand. Trop beau. Trop impressionnant. Ôtez-moi d’un doute, vous êtes vraiment sûrs que c’est moi qui vais étudier ici ?

D’un seul coup, je prends conscience que la vraie difficulté ça n’était pas tant d’être acceptée en semestre ici que de réussir à le valider sans encombre. Instant de panique. Heureusement, il y a cette petite voix dans ma tête qui me rappelle que « Dans ton école, personne ne rate son semestre à l’étranger ». Et en écho presque aussitôt « Oui, mais étant donné le nombre de gens qui sont venus faire leur semestre ici, l’échantillon est bien trop faible pour que ta stat soit fiable : rien ne te dit que tu ne vas pas te planter ».

Décidément, je crois que les maths seront toujours là pour gâcher ma vie.

Les inscriptions sont bouclées. Il est déjà temps de repartir à la gare pour le dernier au-revoir : ma maman rentre le soir même, et moi je suis en passe de décrocher l’Oscar de la meilleure actrice « Ne t’inquiète pas, tout va bien, oui j’ai hâte, bien sûr que non je n’ai pas peur. Rentre bien, ne t’en fais pas pour moi. »

Quelques minutes plus tard, ça y est. Je suis vraiment toute seule. C’est le moment de voir se concrétiser des mois d’efforts d’un coup, d’un seul. C’est le moment d’appréhender aussi. Et si je revenais totalement différente ? (spoiler : non, juste plus mâture) Et si ma capacité de travail était restée de l’autre côté de la frontière ? (spoiler : haha, clairement pas) Et si je passais ma vie à déprimer au McDo du coin parce que je n’aurais pas réussi à me faire d’amis ? (spoiler : j’y serais allée deux fois : la première avec une copine, et la deuxième en famille. Comme quoi…)

Sur ces réflexions, il est temps de vous souhaiter une très bonne année et surtout,
Cœur sur vous,

Lucile.

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