Le syndrome post-Erasmus

initialement publié le 18 septembre 2015

Aujourd’hui, rentrée des classes, ma grande dernière. Après celle-là, je quitte les bancs de l’école pour rejoindre ceux de pôle emploi l’entreprise. L’occasion pour moi de vous parler de ce syndrome qui touche beaucoup d’étudiants de retour de semestre à l’étranger : le syndrome post-Erasmus.

Partir en Erasmus, c’est génial. On quitte le navire pour 6 mois, voire pour un an. Sur le moment, tout n’est pas toujours rose : parfois les collocs oublient que les murs ne sont pas très épais, parfois les amis/ la famille / une bonne baguette de pain finissent par nous manquer, parfois même on stresse à l’idée de rater ses exams. Mais que représentent tous ces instants par rapport à la chance incroyable qu’on a eue de partir, de voir du pays, de se faire de nouveaux amis, et d’élargir ses horizons…

Le problème, c’est qu’un jour il faut bien que tout ça s’arrête, qu’on revienne à la vraie vie. Qu’on quitte cette parenthèse enchantée pour revenir sur terre. Qu’on oublie ses nouveaux amis pour revenir aux anciens. Bref, il faut bien qu’on tourne la page. Et j’ai beau être rentrée il y a trois mois, je n’ai réussi à la tourner qu’aujourd’hui. D’ailleurs pour être complètement honnête avec vous, je n’y suis pour rien : à force d’attendre que je le fasse, ma page a fini par perdre patience et s’est tournée d’elle-même. Et moi en bonne spectatrice, j’observe et je subis.

Quand j’ai dû refaire les 45 minutes de route pour aller à l’école, quand j’ai voulu passer le portique de l’entrée, quand je me suis fait engueuler parce que j’avais perdu mon badge (que je dois repayer 15 euros, la lose totale), quand je suis descendue dans l’une des salles sans connexion Internet (donc sans Facebook) du sous-sol pour écouter la conférence de rentrée… J’ai compris que c’était fini. Finis les locaux magnifiques en plein cœur de la capitale, les salles de classe aux chaises confortables. Finies les interventions plus percutantes les unes que les autres. Finis les profs qui se battent pour maintenir toute la classe en éveil, pour motiver les troupes, quitte à changer tout leur planning. Finis les malentendus liés à nos anglais approximatifs. Finies les sorties à flâner dans les musées avec un groupe d’amis plus internationaux que jamais.

Quand j’ai vu tous ces visages familiers et tous ces grands sourires dans le hall de l’école. Quand je me suis entendue dire « OHHHHH [nom de la personne] ça fait tellement longtemps !!! Alors, c’était comment les States / la Finlande / l’Allemagne / la Corée […] Oui, moi pareil ! J’ai adoré, super expérience. » Et quand j’ai ajouté, un peu maussade « Dire qu’aujourd’hui, on est encore ici », j’ai compris que ça y est, la page s’était tournée.

Je me souviens quand quelques jours seulement après mon retour, on me demandait si ça n’était pas trop difficile de revenir à la vraie vie. Et moi, naturellement de répondre que « Non, du tout, ça va très bien en fait ! ». Ce que je ne savais pas c’est que le plus dur, ça n’est pas de revenir à la vraie vie. Le plus dur c’est de finir par s’en rendre compte.

Alors on s’accroche. On s’accroche à ses amis. On s’accroche à sa petite place à laquelle on avait l’habitude de déjeuner à la cafet’. On attend ses anciens compagnons de galère pour reprendre le RER ensemble. On reprend ses marques dans un univers qui nous semble avoir bien changé en 6 mois… Sauf que la seule personne à avoir changé ici, c’est nous.

Une rentrée, c’est toujours un pli à prendre. Mais j’ai l’impression que celui-là, celui dont je pensais qu’il serait de loin l’un des plus faciles (« si j’ai réussi à valider à l’étranger, je peux bien valider chez moi ! ») a aussi son lot de difficultés.

Et parmi elles, mon cours d’expression théâtrale. Si d’aventure vous voyez quelqu’un faire le mime dans la cour de votre école / université… Ne vous moquez pas et pensez que c’est peut-être moi !

Cœur sur vous,

Lucile

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