On fait quoi maintenant ?

initialement publié le 15 septembre 2015

On fait quoi maintenant ?

Sur la blogo tout va toujours bien. Le monde est rose, les blogueuses joyeuses et pleines de vie.

On fait quoi maintenant ?

Quand on n’a pas le cœur à écrire comme si de rien n’était, une fois qu’on trouve que chaque amorce d’article sonne faux.

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on ne peut pas fermer les yeux, maintenant qu’on ne peut pas se boucher les oreilles, parce qu’on a vu et qu’on ne pourra jamais dire qu’on ne savait pas, et qu’on n’a toujours pas entendu ce qu’il fallait entendre.

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on a apposé un mot sur une réalité. Ce mot qui distancie, ce mot qui déshumanise. Ce mot qui fait oublier que ces migrants, ce sont avant tout des êtres humains. De êtres humains comme vous, comme moi.

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on a balancé nos chiffres, maintenant qu’on parle de « 56% contre », d’accueil en grande pompe de 24 000 plus chanceux que les autres sans doute.

On fait quoi maintenant ? 

Maintenant qu’on a réalisé que les gens « contre » ce sont peut-être nos voisins, ce sont peut-être nos amis…

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on imagine nos parents, nos grands-parents, nos arrières-grands parents arriver en leur temps sur des bateaux, pleins d’espoir, vers une terre dite d’ « accueil » dont on se dit que peut-être, que sans doute, elle n’avait pas dû être si accueillante que cela.

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on se dit que notre place n’est peut-être plus ici. Que peut-être elle ne l’a jamais été.

On fait quoi maintenant ?

Maintenant qu’on ne se sent nulle part chez soi et qu’on se demande si devenir « expat » (car c’est ainsi qu’on désigne les « bons migrants », vous savez, ceux qui ont le bon passeport ) n’est pas la meilleure des solutions pour pouvoir enfin échapper à ses origines qui nous reviennent toujours à la gueule à grands coups de « Tu viens d’où ? ». Un « Tu viens d’où » innocent, mais qui sous-entend : Toi tu n’as pas la même tête que moi. Toi, tu ne l’auras jamais.

Dites-moi. On fait quoi maintenant ?

Je sais que sur la blogo, on ne veut pas nécessairement lire ce genre d’articles. Mais écrire, je n’y arrivais plus. Les mots venaient, partaient, les idées se mélangeaient. Je n’arrivais pas à faire semblant que tout allait bien alors que. Alors que les larmes montent à chaque JT. Alors que cette situation me rend malade. Alors que je ne peux ne pas faire autrement que de m’identifier à des migrants qui prennent tous les risques pour finir par entendre qu’ « il n’y a pas de place pour eux ici », que « du travail on en manque déjà ». Que « c’est la crise ».

Un peu d’humanité et d’empathie n’a jamais fait de mal à personne…

Cœur sur vous,
Lucile

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