Le succès des fanfictions

initialement publié le 7 septembre 2015

Il faut que je vous avoue quelque chose : je n’ai jamais lu de fanfiction. Je ne connais aucune des multiples fins alternatives de Harry Potter, je ne sais pas ce qu’il arrive à Edward et Bella, quant aux vies secrètes des One direction, n’en parlons même pas.

J’ai peut-être raté quelque chose, mais tout ça ne m’a jamais vraiment attiré. Je me suis toujours dit que quitte à écrire une histoire, autant créer tout l’univers qui l’accompagne… A vrai dire, quand on me parle de fanfiction, j’ai l’impression qu’on me parle d’une partie de Sims géante : le monde dans lequel vous allez jouer a déjà été créé, et avant même que vous ne fassiez quoi que soit, il y a déjà toute une ribambelle de personnages aux histoires compliquées (pensée émue pour les familles Capp et Monty de Véronaville que j’ai abandonnées il y a quelques années déjà…) qui sont prêts à l’emploi. Tout ça me parait a priori un peu trop facile…

Et pendant que je m’interroge sur l’intérêt de lire des fics (leur petit nom anglais), certains vont jusqu’à se demander si elles ne constitueraient pas un genre à part. Alors, je me suis dit qu’il était peut-être temps d’essayer de comprendre tout cet engouement autour d’elles…

Comment expliquer cet engouement pour les fanfictions ?

Après une petite recherche sur le géant Alphabet Google, je découvre, ô surprise, que la première fanfic date des années 1850. A l’époque un lecteur d’Ivanhoé de Walter Scott décidait que la fin ne lui plaisait pas, alors il l’a changé.

Ce qui me fait penser que le seul roman que je n’ai jamais lu de Walter Scott, c’est Quentin Durward. Et il est en bonne place dans le top 5 des bouquins que j’ai le moins aimé. La seule chose que j’en ai retenue c’est qu’une comtesse annonce à la fin du bouquin que la vision d’une goutte de sang ne lui fait plus peur. C’est dire si j’ai retenu quoi que ce soit de l’intrigue.

Bref, j’ai continué mes recherches et j’ai trouvé trois raisons qui pourraient justifier le succès des fanfictions.

La difficulté à quitter un univers solidement construit

Le grand public a réellement entendu parler des fanfictions telles qu’on les connait aujourd’hui du temps où personne ne savait comment la saga Harry Potter allait se terminer (…ça date tout ça). A l’époque, plutôt que d’attendre sagement la sortie du prochain tome, certains lecteurs n’hésitaient pas à s’approprier l’univers de JK Rowling en écrivant la suite de son histoire ou encore à la réécrire selon le point de vue d’autres personnages.

Et puis le tome 7 a fini par sortir. A l’époque, j’étais en 3e et un peu torturée à l’idée de dévorer le dernier roman de la saga d’une seule traite. Je savais que la fin de ce tome marquerait la fin d’une époque… Alors j’ai fait en sorte qu’il me tienne une semaine (j’aurais pu mieux faire, j’en conviens). A la fin de cette semaine-là, j’ai compris à quel point j’allais avoir du mal à quitter cet univers pour pouvoir enfin passer à autre chose.

Je pense que c’est exactement la raison pour laquelle il y a eu autant de fanfics sur Harry Potter. La difficulté à quitter ce monde magique était telle que si j’avais entendu parler des fanfictions à l’époque, je suis sûre que j’aurais foncé dedans tête baissée et que je n’en serais sans doute jamais sortie. Mais, je suis passée complètement à côté de cette tendance. Heureusement, parce qu’il faut quand même se laisser la possibilité de découvrir d’autres choses !

Au-delà de la difficulté à quitter un univers aussi bien construit, le succès des fanfictions tient aussi du fait que beaucoup de lecteurs espéraient des scènes crues qui n’avaient jamais lieu ni dans Harry Potter, ni dans Twilight…. C’est justement ce qui a fait le succès de 50 nuances de Grey.

La possibilité de changer le cours des choses

Avant Internet et l’avènement des réseaux sociaux, quand on était déçu de quelque chose, on s’en plaignait à ses amis et ça s’arrêtait là. Aujourd’hui notre avis est au cœur de tout. Dans une société de consommation ultra-connectée, l’avis du consommateur est plus important que jamais. A tel point qu’aujourd’hui, les innovations dans les grands groupes sont orientées autour de la satisfaction client plutôt qu’autour du produit en lui-même.

Pour prendre un exemple simple, vous serez bien plus contents d’avoir à votre disposition une canette de Coca-Cola fraîche au moment précis où vous avez soif plutôt que de savoir qu’il existe un Coca-Cola qui change de couleur en fonction de votre humeur et qu’il est disponible en grande surface. (A supposer évidemment que vous aimiez le Coca-Cola)

Le rapport avec les fan-fictions ne parait peut-être pas évident et pourtant…

Au lieu de publier un nouveau chapitre à intervalle régulier et espérer que le cours de l’histoire satisfasse le lecteur, l’auteur de fanfic attend des avis et des suggestions pour pouvoir répondre aux attentes de son lectorat. Ce faisant, l’auteur de la fanfiction fournit la canette de Coca qui étanchera la soif du lecteur. Alors, si le lecteur veut des scènes crues… Il a des scènes crues, n’en déplaise à la mormone Stephenie Meyer.

Et le rêve devient réalité fanfiction

Il reste un type de fan fictions que j’ai totalement occulté jusqu’ici. Il s’agit des fics mettant en avant des idylles entre des célébrités et des anonymes. Vous l’aurez deviné, ce genre d’histoires rencontre un franc succès parce qu’elles jouent sur un rêve : celui de sortir avec son celebrity crush. Et il semblerait bien que le phénomène ne se limite pas qu’aux adolescents puisque l’auteure de After, la fanfiction mettant en scène Tessa et un membre des One Direction, a 26 ans.

L’identification très forte au personnage anonyme est une des clefs du succès de ce type de fanfics. En se projetant de la sorte, le lecteur permet à son rêve de devenir réalité le temps d’une lecture.

Ajoutez à cela le fait que certaines fanbases (groupes de fans d’une même célébrité) sont très fournies, que la plupart de leurs membres partagent les mêmes celebrity crush, et vous obtiendrez deux des raisons pour lesquelles Anna Todd (auteure de After) est devenue multi-millionaire.

J’ai l’impression que le succès des fanfictions tient à la relation auteur/lecteur qui est beaucoup plus forte que dans le circuit classique. Dans la fanfic, le lecteur peut orienter la création ou encore se projeter dans des histoires qu’il oserait à peine s’imaginer de lui-même.

Et d’après vous, à quoi est lié le succès des fanfictions ? Vous en avez déjà lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Cœur sur vous,
Lucile

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